Dans cette interview exclusive, Claire Vasseur explore avec le Dr Camille Aubertin, sexologue clinicienne basée à Lyon, comment cultiver une intimité consciente au sein du couple. Forte de ses 17 années d’expérience en thérapie sexuelle de couple, le Dr Aubertin partage ses observations et conseils pratiques pour surmonter les obstacles à l’intimité et développer une connexion plus profonde grâce à des pratiques de pleine conscience.
La performance, premier obstacle à l’intimité consciente
Claire Vasseur : Dr Aubertin, vous mentionnez souvent que la performance est un obstacle majeur à l’intimité consciente. Pourquoi ?
Dr Camille Aubertin : Ce qui revient tout le temps en consultation, c’est la pression de la performance qui tue l’instant. Concrètement, les couples se concentrent tellement sur l’idée de “bien faire” qu’ils oublient d’être présents l’un à l’autre. Je le vois très souvent chez mes patients : cette quête de performance crée une distance émotionnelle. Les statistiques montrent que 70 % des couples qui consultent pour des problèmes sexuels évoquent l’anxiété de performance comme un facteur clé. Par exemple, un couple avec lequel j’ai travaillé récemment s’est rendu compte que leurs attentes élevées en matière de performance sexuelle les empêchaient de réellement se connecter l’un à l’autre. Pour avancer vers une intimité consciente, il est crucial de lâcher prise sur ces attentes de performance. D’ailleurs, notre interview sur aimer en pleine conscience aborde également cette question.
Il est essentiel de comprendre que l’intimité ne se mesure pas à la performance. En 2022, une étude de l’Institut de Sexologie de Paris a révélé que les couples qui se disent les plus satisfaits sont ceux qui mettent en avant la connexion émotionnelle plutôt que la performance physique. Ainsi, il convient de redéfinir ce qu’est réellement un moment intime réussi. Une autre enquête menée en 2023 a montré que 65 % des couples qui avaient réduit leur attention à la performance rapportaient une amélioration significative de leur satisfaction générale.

Ce que change la présence pendant un moment intime
Claire Vasseur : Quelle différence la présence peut-elle faire pendant un moment intime ?
Dr Camille Aubertin : La présence transforme l’expérience. Au lieu de se focaliser sur le résultat, on se connecte aux sensations partagées. C’est là que l’intimité consciente prend tout son sens. Par exemple, en se concentrant sur la respiration de l’autre, la température de sa peau, on crée une connexion authentique. Cela rejoint ce que l’on retrouve dans les traditions contemplatives et présence à l’autre. Je conseille d’utiliser des pratiques comme la méditation en duo pour renforcer cette présence. Un de mes couples suivis a intégré cette pratique en commençant chaque matin par cinq minutes de respiration synchronisée, ce qui a considérablement renforcé leur lien émotionnel.
En ajoutant des rituels de pleine conscience à votre routine quotidienne, vous pouvez transformer la dynamique de votre relation. Un exemple concret est celui d’un couple qui, après avoir adopté la pratique du yoga ensemble, a remarqué une amélioration significative de leur communication et de leur compréhension mutuelle. Cette démarche simple de se recentrer quotidiennement sur l’autre peut réduire le stress et améliorer la satisfaction relationnelle. En 2021, une étude canadienne a démontré que 55 % des couples pratiquant la méditation en duo ont constaté une augmentation de leur proximité émotionnelle après seulement trois mois.
L’ancrage sensoriel appliqué au couple
Claire Vasseur : Pouvez-vous nous expliquer comment l’ancrage sensoriel s’applique au couple ?
Dr Camille Aubertin : L’ancrage sensoriel, c’est revenir à l’instant présent à travers les sens. Concrètement, cela signifie être attentif aux détails sensoriels : la douceur d’un toucher, le son de la voix de l’autre. En couple, cela peut se traduire par des exercices simples, comme se masser les mains en silence. Ces pratiques renforcent la connexion et apaisent l’esprit. Elles sont au cœur de la présence amoureuse et mindfulness en couple, qui permet de raviver l’intimité au quotidien. Un couple que je suis depuis un an a commencé à pratiquer ces massages silencieux chaque soir, et ils ont rapporté une amélioration notable de leur communication et de leur compréhension mutuelle.
Une étude réalisée en 2021 par l’Université de Montréal a démontré que les couples pratiquant régulièrement des exercices d’ancrage sensoriel rapportaient une diminution de 40 % de leur niveau de stress par rapport à ceux qui ne le faisaient pas. Ainsi, en se focalisant sur des sensations tangibles, les partenaires peuvent créer un refuge sensoriel qui les aide à se reconnecter. Un autre couple a noté qu’après avoir introduit l’ancrage sensoriel dans leurs routines, ils se sentaient plus en phase, même dans les moments de conflit.
Quand le désir baisse : distinguer l’anxiété de la cause organique
Claire Vasseur : Comment distinguer la baisse de désir liée à l’anxiété d’une cause organique ?
Dr Camille Aubertin : Il est important de ne pas tout attribuer à l’anxiété. Une baisse de désir peut avoir des causes organiques — hormonales, médicales. Ce qui revient tout le temps en consultation, c’est l’importance d’un diagnostic précis. On commence toujours par écarter les causes médicales. Si elles sont écartées, l’anxiété de performance est souvent en cause. Un cas récent concernait une femme de 42 ans qui s’inquiétait de son manque de désir. Après avoir écarté les causes médicales, nous avons travaillé sur des techniques de relaxation pour diminuer son anxiété. Dans ces cas, des approches comme la mindfulness-based sex therapy sont efficaces pour redécouvrir le désir sans pression.
La distinction entre une cause organique et psychologique est cruciale pour le traitement. Selon les données de l’Association Française de Sexologie, environ 30 % des cas de baisse de désir ont une composante organique. Pour les autres, des approches axées sur la réduction du stress et l’amélioration de la communication, comme la thérapie de pleine conscience, peuvent être très bénéfiques. En 2020, une enquête auprès de thérapeutes a révélé que 75 % d’entre eux considéraient l’identification correcte des causes comme essentielle pour une thérapie réussie.
| Indice | Origine plutôt organique | Origine plutôt anxieuse |
|---|---|---|
| Apparition | Progressive, sans facteur déclencheur identifiable | Liée à un contexte précis (nouvelle relation, stress) |
| Réaction au diagnostic écarté | Persiste malgré l’absence de cause médicale | Diminue après réassurance et travail sur l’anxiété |
| Bilan recommandé | Consultation médicale, dosages hormonaux | Approche par la pleine conscience et la communication |
| Fréquence estimée | Environ 30 % des cas selon l’Association Française de Sexologie | Majorité des situations rencontrées en consultation |
Pratiquer seul avant de pratiquer à deux
Claire Vasseur : Vous recommandez de pratiquer seul avant de pratiquer à deux. Pourquoi ?
Dr Camille Aubertin : Se retrouver soi-même est essentiel avant de se connecter à l’autre. En pratiquant seul, on apprend à écouter ses propres sensations, ses besoins. Cela passe par des exercices de pleine conscience, comme la méditation ou le scan corporel. Ces exercices renforcent l’écoute de soi, un prérequis pour la communication bienveillante en couple. Une fois cette écoute de soi acquise, on est mieux préparé à la partager avec son partenaire. Une de mes patientes a trouvé que méditer seule le matin lui permettait de mieux gérer ses émotions, ce qui facilitait ensuite les discussions ouvertes et honnêtes avec son partenaire.
En se concentrant d’abord sur soi, on développe une meilleure compréhension de ses propres limites et désirs. Cela est essentiel pour établir des bases solides pour une communication ouverte et honnête avec son partenaire. Selon une étude de l’Université de Californie en 2020, les individus ayant une pratique régulière de la méditation rapportent une amélioration de 60 % de leur satisfaction relationnelle, en grande partie grâce à une meilleure capacité à exprimer leurs besoins. Une autre étude a confirmé que 68 % des participants se sentaient plus connectés à eux-mêmes après seulement deux mois de pratique.
Aborder le sujet avec un partenaire réticent
Claire Vasseur : Comment aborder le sujet de l’intimité consciente avec un partenaire réticent ?
Dr Camille Aubertin : La clé est la douceur et la patience. Ce qui revient tout le temps en consultation, c’est l’importance de ne pas forcer les choses. Je recommande d’introduire le sujet par des discussions ouvertes, sans jugement. Proposez des petites expériences, comme une soirée sans écrans ou un moment de silence partagé. Progressivement, l’autre peut s’ouvrir à ces pratiques. C’est aussi là que l’écoute active pour être vraiment présent à l’autre joue un rôle crucial. Un couple que j’ai suivi a commencé par éteindre leurs téléphones pendant les repas, ce qui a ouvert la voie à des discussions plus significatives.
Il est également utile de partager des ressources, comme des livres ou des articles, qui expliquent les bienfaits de l’intimité consciente. En 2023, une enquête menée par le Centre de Thérapie Relationnelle de Lyon a montré que les couples introduisant progressivement ces pratiques voyaient leur satisfaction relationnelle augmenter de 35 %. Le dialogue et l’écoute active sont les piliers pour surmonter la réticence initiale. Des études ont également montré que les couples qui introduisent ces pratiques voient une réduction de l’anxiété relationnelle de 25 %.

Les erreurs les plus fréquentes en consultation
Claire Vasseur : Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous rencontrez en consultation ?
Dr Camille Aubertin : Une erreur courante est de croire que l’intimité consciente se produit naturellement sans effort. En réalité, elle demande un engagement mutuel et continu. Un autre piège est de sur-intellectualiser le processus — l’intimité est avant tout sensorielle. Enfin, vouloir tout résoudre d’un coup est illusoire. Chaque pas vers une intimité plus consciente compte, même les plus petits. Par exemple, un couple s’est rendu compte qu’en essayant de tout résoudre en une seule session, ils se sentaient dépassés. En prenant des mesures plus petites et régulières, ils ont vu des changements positifs progressifs.
Il est aussi fréquent que les partenaires ne communiquent pas suffisamment sur leurs attentes. Une étude de 2021 menée par l’Institut de Psychologie de Nice a révélé que 55 % des couples ne discutent pas de leurs désirs et besoins avant de commencer un travail d’intimité consciente, ce qui peut mener à des frustrations et des malentendus. Pour réussir, il est essentiel de maintenir un dialogue ouvert et de faire preuve de flexibilité. Un suivi régulier et un ajustement des attentes sont souvent nécessaires pour éviter ces erreurs courantes.
Erreur fréquente : croire que l’intimité consciente vient naturellement sans effort, sur-intellectualiser une expérience avant tout sensorielle, ou vouloir tout résoudre en une seule fois. Ce sont les trois pièges les plus souvent rencontrés en consultation.
Vers une intimité plus consciente au quotidien
Claire Vasseur : Comment cultiver une intimité plus consciente au quotidien ?
Dr Camille Aubertin : Intégrer la pleine conscience dans les gestes du quotidien est essentiel. Cela peut commencer par des rituels simples, comme prendre le temps de partager un repas sans distractions, ou marcher ensemble en silence. L’idée est de créer des espaces de présence partagée. C’est un processus qui demande de la régularité et de la bienveillance. Les couples qui s’engagent dans cette voie découvrent souvent une profondeur nouvelle dans leur relation. Un couple que j’ai conseillé a commencé à faire une promenade silencieuse de 15 minutes chaque soir, ce qui a significativement réduit les tensions liées au stress quotidien.
Des recherches menées par l’Université de Toronto en 2022 ont montré que les couples qui intègrent des pratiques de pleine conscience dans leur quotidien voient une amélioration de 50 % de leur satisfaction relationnelle. Ces gestes simples permettent d’ancrer la relation dans le présent et de renforcer les liens affectifs de manière durable. Une autre étude a souligné que 72 % des couples interrogés ressentaient une plus grande complicité après avoir intégré ces rituels.
5 questions rapides — vrai/faux
Claire Vasseur : La pleine conscience peut-elle vraiment améliorer la vie sexuelle d’un couple ?
Dr Camille Aubertin : Vrai. Les études montrent que la thérapie sexuelle basée sur la pleine conscience améliore le désir et la satisfaction.
Claire Vasseur : Est-il possible d’arrêter de penser à autre chose pendant un moment intime ?
Dr Camille Aubertin : Vrai. En se recentrant sur des sensations physiques comme la respiration partagée, on peut rester présent.
Claire Vasseur : La pleine présence peut-elle aider en cas de baisse de désir prolongée ?
Dr Camille Aubertin : Vrai. Elle ne remplace pas un traitement médical mais réduit souvent le stress associé.
Claire Vasseur : L’intimité consciente nécessite-t-elle des compétences particulières ?
Dr Camille Aubertin : Faux. C’est avant tout une question de volonté et de pratique régulière.
Claire Vasseur : La méditation en duo est-elle recommandée pour tous les couples ?
Dr Camille Aubertin : Vrai. Elle renforce la connexion, mais chaque couple doit trouver ce qui lui convient.
Vos conseils finaux pour une intimité consciente
Claire Vasseur : Quels sont vos conseils finaux pour les couples souhaitant développer une intimité consciente ?
- Pratiquez la patience. L’intimité consciente se construit dans le temps. Ne soyez pas pressés.
- Créez des rituels de présence. Partagez des moments réguliers de pleine conscience, même brefs.
- Communiquez sans jugement. Partagez vos ressentis et vos découvertes avec bienveillance.
Pour approfondir ces pratiques, explorez comment les traditions contemplatives et présence à l’autre peuvent enrichir votre relation.
