Sophrologue clinicienne, spécialisée en prévention du burnout et gestion du stress chronique. Ancienne directrice de ressources humaines, elle a créé son cabinet après avoir elle-même traversé un burnout sévère. Elle accompagne des particuliers et des équipes en entreprise depuis 2014. Formatrice certifiée en sophrologie caycédienne à l'ISMA (Institut Supérieur de Médecine Alternative).
Le burnout est devenu l’une des réalités les plus documentées du monde du travail contemporain. En France, les chiffres de l’Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé indiquent que 2 à 3 millions de personnes seraient en état d’épuisement professionnel sévère. Mais au-delà des statistiques, il y a une expérience humaine — celle d’un être qui a perdu le contact avec lui-même, souvent à force d’efforts et de dévouement.
Marie-Anne Lefebvre accompagne des personnes en burnout depuis plus de dix ans. Sa propre expérience d’effondrement — vécue alors qu’elle était directrice RH dans une grande entreprise — a radicalement orienté sa vie professionnelle. Elle a accepté de partager avec nous sa vision des liens entre sophrologie, pleine présence et prévention de l’épuisement.

Vous avez vous-même traversé un burnout. En quoi cette expérience change-t-elle votre façon d'accompagner vos patients ?
Elle change tout. Pas parce que mon burnout était "le même" que celui de mes patients — ils sont tous différents — mais parce que j'ai vécu de l'intérieur ce que signifie perdre le contact avec soi. Pendant des années, j'avais fonctionné en mode automatique : je répondais aux emails avant de sortir du lit, je mangeais devant mon ordinateur, je planifiais mes week-ends comme des réunions. Je n'avais aucune idée que je n'étais pas présente à ma propre vie.Quand l’effondrement est venu — d’un coup, en quelques semaines — j’ai réalisé que je ne savais pas comment me reposer. Littéralement pas. Je m’allongeais et mon cerveau continuait à tourner. Je ne savais plus ce que je ressentais dans mon corps. Je ne savais plus ce qui m’importait vraiment.
La sophrologie m’a appris à retrouver ces fils. Et aujourd’hui, quand quelqu’un arrive dans mon cabinet avec cette même perte de contact avec soi, je reconnais ce paysage. Je peux l’accompagner de l’intérieur.
Comment définiriez-vous le burnout en termes de rapport au présent ? Est-ce fondamentalement un problème de présence ?
C'est une façon très juste de le formuler. Le burnout est, entre autres choses, une désynchronisation radicale entre ce que le corps vit et ce que l'esprit exige. Le corps envoie des signaux — fatigue, tension, douleurs — et l'esprit les ignore ou les surpasse. Pendant des mois, parfois des années.La pleine présence est exactement ce qui fait défaut. Pas la présence au sens de l’efficacité — les gens en burnout sont souvent très “présents” au sens productif — mais la présence à soi. La capacité à s’arrêter et à se demander : “Qu’est-ce que je ressens là ? De quoi ai-je besoin maintenant ?”
Dans les cultures qui valorisent la performance, cette question est presque subversive. Poser attention à ce qui se passe dans son corps, à ses limites, à ses besoins réels — c’est résister à une logique dominante. Le burnout est, d’une certaine façon, le résultat de cette résistance trop longtemps ignorée.
Des ressources sur les mécanismes de la dépression et de l’épuisement, ainsi que les approches thérapeutiques validées, se trouvent sur combattreladepression.com et son article sur la dépression et l’isolement social accompagnent ceux qui traversent des périodes d’épuisement intense.
En quoi la sophrologie se distingue-t-elle des autres approches de gestion du stress ?
La sophrologie caycédienne — du nom de son fondateur Alfonso Caycedo, neuropsychiatre colombo-espagnol — est une phénoménologie appliquée. Elle ne demande pas de changer ses pensées (contrairement à la TCC) ni de rester immobile à observer (contrairement à la méditation vipassana). Elle propose un chemin par le corps : des mouvements doux synchronisés avec la respiration, des visualisations guidées, un travail progressif de conscience corporelle.Ce qui la distingue en particulier, c’est son accessibilité pour les personnes en état d’épuisement intense. Quelqu’un en burnout sévère ne peut souvent pas s’asseoir et “méditer” — son système nerveux est trop activé, trop en alerte. La sophrologie propose une porte d’entrée plus progressive, plus incarnée, qui rencontre les gens là où ils sont.
Elle utilise aussi systématiquement des ressources positives — ancrer des états de bien-être, de confiance, de calme — plutôt que de travailler uniquement sur le problème. Dans un état d’épuisement, cette orientation vers les ressources est souvent plus efficace que l’analyse des causes.
Quels sont les signes précoces du burnout que vos clients ont en général ignorés ?
Il y en a plusieurs familles. Les signes corporels d'abord : douleurs musculaires récurrentes, tension dans la nuque et les épaules, troubles du sommeil (endormissement difficile ou réveil à 3h du matin avec le cerveau qui tourne), fatigue qui ne disparaît pas avec le repos.Puis les signes cognitifs : difficulté à se concentrer sur une seule chose, sentiment que les décisions simples deviennent lourdes, irritabilité face à des obstacles habituellement mineurs.
Et puis — c’est celui-ci que mes clients ont presque tous ignoré longtemps — la perte de plaisir. Ce qui rendait le travail significatif ne fait plus rien. On continue à faire les gestes mais l’intérêt, la satisfaction, le sens sont partis. Ce n’est pas de la paresse — c’est un signal d’alarme que le système nerveux envoie.
Le problème est que dans les cultures performatives, ces signaux sont interprétés comme des signes de faiblesse plutôt que comme des informations vitales. On redouble d’efforts. Et l’effondrement, quand il vient, est d’autant plus brutal.
Des informations sur la santé intégrative et l’écoute des signaux du corps se trouvent sur masante-messoins.fr, qui aborde les approches complémentaires pour le bien-être.
Comment la pleine présence s'intègre-t-elle dans la reconstruction post-burnout ?
La reconstruction post-burnout, c'est fondamentalement un travail de retour à soi. Et la pleine présence en est l'outil central — pas comme pratique formelle de méditation nécessairement, mais comme orientation : apprendre à remarquer ce qui se passe maintenant, dans le corps et l'esprit, sans immédiatement savoir quoi en faire.Dans les premières semaines après l’effondrement, on commence très simplement. Je demande à mes patients de passer cinq minutes par jour, à heure fixe, à observer leurs sensations physiques. Juste observer. Pas analyser, pas corriger. Juste noter : “là il y a une tension dans la poitrine, là il y a de la chaleur dans les mains, là il y a de la fatigue dans les yeux.” Ce retour au sensoriel est souvent le premier fil retrouvé.
Progressivement, cette présence corporelle s’élargit. On peut commencer à identifier les émotions (pas juste “je suis stressé” mais “là je ressens de la peur, là de la honte, là du ressentiment”). Puis à identifier les besoins réels derrière ces émotions. C’est un travail long, souvent de plusieurs mois, mais chaque étape est le retour d’un fragment de soi.
Avez-vous une pratique quotidienne que vous recommandez à vos patients en prévention ?
Une seule, simple, adaptable. Je l'appelle le "scan des feux" : trois fois par jour — matin, midi, soir — prendre trente secondes pour répondre mentalement à trois questions. "Comment est mon corps en ce moment ?" (tendu, détendu, fatigué, énergisé). "Comment est mon état émotionnel en ce moment ?" (calme, irrité, anxieux, content). "De quoi ai-je besoin dans la prochaine heure ?"Ce n’est pas de la méditation formelle. On peut le faire dans les transports, en attendant un café, dans l’escalier. Mais pratiqué régulièrement, il crée une habitude de consultation intérieure qui change radicalement le rapport à l’épuisement. On apprend à capter les signaux tôt, avant que l’accumulation ne devienne une crise.
La clé, c’est la régularité. Pas la durée. Trente secondes trois fois par jour vaut infiniment mieux qu’une heure de pleine conscience un samedi matin.
Un dernier message pour quelqu'un qui se reconnaît dans les signes précoces que vous avez décrits ?
Que ce que vous ressentez est une information, pas un échec. Le burnout n'est pas un signe que vous êtes faible — c'est souvent le contraire. Les personnes qui s'effondrent sont généralement celles qui ont poussé le plus loin, ignoré le plus longtemps, donné le plus sans jamais se demander ce qu'elles recevaient en retour.La pleine présence n’est pas une nouvelle chose à faire dans votre agenda déjà chargé. C’est au contraire une invitation à ralentir quelques instants dans votre journée, à redevenir l’habitant de votre propre corps. Pas pour être plus efficace — pour être plus là.
Et cette présence-là, cette qualité d’être là pour soi avant d’être là pour les autres — c’est peut-être la forme la plus profonde de protection contre l’épuisement.

Marie-Anne Lefebvre reçoit en cabinet individuel à Paris (75011) et propose des accompagnements en ligne. Elle intervient également en entreprise pour des sessions de prévention du burnout.
